Depuis Thermidor et en passant par le Bicentenaire, Robespierre, présenté comme
un tyran sanglant et glacé, un ancêtre des totalitarismes de tous bords, reste
un sujet de haine et de répulsion. On le voit ici prendre la parole contre la
peine de mort ; contre la loi martiale, contre la guerre de conquête (« Personne
n'aime les missionnaires armés »), contre l'esclavage dans les colonies («
Périssent vos colonies si vous les conservez à ce prix »). Il réclame le
suffrage universel sans condition de fortune. Il veut que les droits de citoyens
soient donnés à tous sans discrimination de religion ni de métier. Il s'élève
contre la liberté illimitée du commerce qui affame le peuple (« Faisons des lois
qui rapprochent le prix des denrées de celui de l'industrie des pauvres »). Il
dénonce l'égoïsme des possédants (« La première loi sociale est celle qui
garantit à tous la membres de la société les moyens d'exister »). À notre
époque, où droits de l'homme et libéralisme économique font, paraît-il, bon
ménage, ces discours fiévreux montrent la vérité de celui qui pose la grande
question : « Citoyens, voulez-vous une révolution sans révolution ? ».