Dans ce recueil de vignettes naturalistes acérées, publié au tournant du XXe
siècle, quand le féminisme balbutiant suscitait moqueries et opprobres, Zofka
Kveder dissèque sans fard la condition féminine au sein d’une société façonnée
par l’Église et la morale bourgeoise. Elle confronte les sujets de sa prose à
des drames quotidiens et met à nu l’hypocrisie violente qui les organisent. Un
refus s’impose : celui d’un destin féminin réduit à l’ombre de l’homme,
revendication d’égalité dans l’amour, sans sacrifice. Pionnière du féminisme
slovène, première écrivaine à y vivre de sa plume, Kveder offre un témoignage
aussi brutal que lumineux sur la lutte pour la dignité. En réponse aux
critiques, ce livre bousculant par sa forme inédite et son sujet scabreux, elle
écrira : «Je n’ai pas honte de chercher la vérité, aussi laide et repoussante
soit-elle. [...] Prouvez-moi que ce que je dis est un mensonge et je me tairai.
Je n’éprouve aucune honte à toujours essayer de chercher la vérité.»