« Nous », qui est le premier mot de Sauver la beauté, en révèle tout l’enjeu :
tracer les contours d’une communauté disparate de poètes entendant résister à ce
qui nous coupe le souffle et assèche nos rêves, à « l’apocalypse apoplectique ».
Ainsi la la poésie de Gabriel Dufay, nourrie par une admiration fervente pour
les œuvres de Jon Fosse, d’Alda Merini, de Paul Valet et de bien d’autres,
cherche-t-elle à rallumer la passion dans les cœurs froids. Comme l’indique son
titre programmatique, Sauver la beauté peut se lire comme un manifeste. Mais
c’est d’un manifeste sans mots d’ordre et sans démonstrations rhétoriques dont
il s’agit. À l’écart des « postures courtisanes ou partisanes des serviles
suffisances », la seule tâche que se fixe Gabriel Dufay est celle de guetter
« les épiphanies de l’outre-monde ». La communauté de poètes à laquelle il tient
et à laquelle il appartient ne se définit pas autrement : « Nous sommes des
lucioles qui étincellent et éclairent les terrains vagues et obscurs de la fin
du monde », affirme-t-il.