Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant :
seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent
que le strict minimum nécessaire pour vivre. La vraie pensée ressemble, elle, à
un démon qui trouble les sources de la vie, ou bien à une maladie qui en affecte
les racines mêmes. Penser à tout moment, se poser des problèmes capitaux à tout
bout de champ et éprouver un doute permanent quant à son destin ; être fatigué
de vivre, épuisé par ses pensées et par sa propre existence au-delà de toute
limite ; laisser derrière soi une traînée de sang et de fumée comme symbole du
drame et de la mort de son être – c’est être malheureux au point que
le problème de la pensée vous donne envie de vomir et que la réflexion vous
apparaît comme une damnation.