À travers l’étude des oeuvres de Philippe Jaccottet, Ted Hughes, Antonio
Gamoneda et Paul Celan — quatre poètes européens qui ont marqué la deuxième
moitié du XXe siècle —, cet essai cherche à comprendre la résurgence d’une
question ancienne, qui hante la poésie depuis le temps où sa pratique
participait des puissances du charme, et qui semble se poser avec une acuité
particulière à ceux qui écrivent après les ravages de la Seconde Guerre
mondiale: que peut guérir le poème ? Loin de toute approche thérapeutique de la
poésie, cet essai voudrait saisir le paradoxe qui pousse ces auteurs à
convoquer, à l’heure où la médecine atteint un niveau d’efficacité sans
précédent, une magie guérisseuse qu’ils savent pourtant ruinée, et qui ne
s’exprime dans le poème qu’à l’état de vestige. On pourra cerner dans cette
tension, sinon une des caractérisations possibles du lyrisme moderne, du moins
une indéniable manifestation de sa capacité à questionner les fondements
rationnels de notre monde.