D’emblée, le recueil de Cléa Chopard échappe à toutes formes de classification :
il est à la fois un récit en prose, un long poème, ou encore le relevé clinique
d’une jeune femme confrontée à des expériences qui la dépassent, ce que la
psychiatrie nomme des « états limites ». Topolalie aspire à faire résonner ces
états-limites du corps, de l’être et du langage, arpentant des territoires
obscurs sur lesquels la raison a peu de prises. Tout au long du texte et via le
travail de l’écriture, la narratrice tente de se dépsychanaliser.
«Topolalie trace les réseaux de sens impossibles d’un corps marqué par la crise,
celui de Della, amas pathologique sans biographie qui manque sans cesse de se
constituer comme un personnage à part entière. [...] Sans qu’on sache jamais qui
prend en charge la narration (une narratrice extérieure, Della elle-même,
plusieurs voix qui s’entrecroisent ?), le texte explore une réalité aux limites
floues, où la frontière entre le dedans et le dehors reste insaisissable, où les
perceptions changeantes détruisent toute possibilité d’une image stable de soi
et du monde, où les actes d’auto-agressions deviennent l’unique recours pour
faire tenir le réel.» Cléa Chopard
Un langage de la rupture se cristallise alors dans cet environnement instable
pour donner une forme à l’absence de sens avec laquelle elle se débat. Le tout
dans une langue poétique qui se révèle pur émerveillement.