"4 janvier. Tumulte d'une passion trop forte pour entendre autre chose que sa
propre voix. On dirait que mon coeur veut me chasser de ma poitrine ; et sa
force m'est si cruelle que je la sens s'imposer à lui comme à moi-même et
s'élargir entre ses battements comme une brûlure que rien ne peut apaiser." Joë
Bousquet, blessé le 27 mai 1918 au combat à Vailly, n'a pas quitté le lit où le
tinrent ses blessures, jusqu'en 1950. Voici le livre de ses cahiers, son journal
intime ou plutôt le long poème de sa vie intérieure. "Je suis dans un conte que
mes semblables prennent pour la vie." Voici ces pages accolées au fil du temps,
ces mots jetés l'un devant l'autre qui tendent à un but inaccessible : "Pour
traduire le silence, il faut vivre au-delà de son propre silence, entendre et
retenir toutes les voix qui se taisent en nous."