Jean François Billeter livre dans ce bref ouvrage une partie des notes qu'il a
prises depuis la mort subite de son épouse, il y a bientôt cinq ans. Ce sont des
observations précises sur le rôle joué par l'émotion, l'imagination et la
mémoire dans de telles circonstances, et sur les "opérations salvatrices" qui
créent d'elles-mêmes de nouveaux équilibres. Mais ces notations n'éclairent pas
seulement une expérience qui n'a jamais été abordée de cette façon-là, car elles
nous en disent autant sur notre rapport à l'autre quand il est présent que quand
il n'est plus là. La disparition de l'être aimé nous apprend "de quoi nous
sommes faits".
Le titre est une allusion à l'Aurélia de Gérard de Nerval, brève œuvre posthume
que les surréalistes ont tirée de l'oubli. Le poète y raconte sa quête d'une
femme dont il ne connaît pas la véritable identité et la folie qui s'est peu à
peu emparée de lui. Par son récit, il pensait ouvrir "de nouvelles portes à la
connaissance des mystères de notre esprit". C'était en effet la première fois
qu'un auteur parlait de manière précise de l'expérience personnelle de la folie.
Dans Une autre Aurélia, par contre, l'absente reste bien présente et ce n'est
pas la folie qui gagne, mais un nouveau rapport à soi et à l'autre, voire
peut-être un nouveau progrès dans la connaissance des "mystères de notre
esprit". Dans cet ouvrage inclassable, où la chronique, l'observation et la
réflexion sont étroitement liées, la clarté règne, l'écriture est d'une élégance
constante.