« Sicile, Corse, Tunisie, Marseille – ma famille a sillonné
la Méditerranée pendant un siècle. J’ai passé
ma nuit au Mucem pour explorer cette partie de mon identité qui me fait
aimer la France comme un pays que j’aurais moi-même choisi. Et aussi
parce que j’ai toujours passionnément aimé ce bâtiment
à la peau de béton et aux allures de matière vivante, sa
manière de proue devant la mer entraînant Marseille derrière
elle, sa passerelle comme un défi au vide. J’ai essayé de
m’emparer de l’édifice, de me l’approprier. Mais
ensuite, en écrivant, les fantômes sont montés. Ils
m’avaient laissée tranquille jusque-là, flous, indistincts,
impensés – ma mère mélancolique qui m’a
donné le silence comme langue maternelle, ma grand-mère, morte
à Gabès pendant la guerre, que je n’avais jamais
appelée que “la mère de ma mère”… Ils
sont revenus. Même ma mère vivante – revenante. Ils se sont
mêlés à la mer, au souvenir du soleil, aux sirènes et
aux reflets. Et j’ai compris une autre partie de mes origines. »