Au verso du roman national, Suétone a inscrit la légende noire de l'empire
romain : l'incestueux Caligula, le sanguinaire Néron... À partir de secrets
d'alcôves et de rumeurs, plus ou moins fondées, Suétone a su rendre ignoble le
nom des empereurs qui ont fait Rome. L'ignominie exposée dans les Vies des douze
Césars consacre une aristocratie émancipée des lois humaines. Baignés dans la
moiteur des corps extatiques, ces seigneurs, adoubés par les flots de sang
versés, provoquent la même stupeur que les suppliciés dépeints par Jérôme Bosch,
la même fascination que les monstres de Sade. Depuis près de deux mille ans, les
Vies des douze César nous font pénétrer dans le secret des foyers, du stupre et
des gorges tranchées, à la recherche de fantasmes qui sont toujours les nôtres.
Plus esthète qu'historien, Suétone écrit l'envers de l'histoire romaine.