Zomia, ou l’art de ne pas être gouverné James C. Scott propose ici une étonnante
contre-histoire de la modernité. Depuis deux mille ans, les communautés d’une
vaste région montagneuse d’Asie du Sud-Est refusent obstinément leur intégration
à l’État. Zomia : c’est le nom de cette zone d’insoumission qui n’apparaît sur
aucune carte, où environ 100 millions de personnes se sont réfugiées pour
échapper au contrôle des gouvernements des plaines. Traités comme des « barbares
», ces peuples nomades ont mis en place des stratégies de résistance parfois
surprenantes pour échapper à l’État, synonyme de travail forcé, d’impôt, de
conscription. Zomia nous rappelle que la « civilisation » peut être synonyme
d’oppression et que le sens de l’histoire n’est pas aussi univoque qu’on le
croit.James C. Scott Professeur de sciences politiques et d’anthropologie à
l’université de Yale, spécialiste de l’Asie du Sud-Est, il est notamment
l’auteur de La Domination et les arts de la résistance (Amsterdam, 2009), Petit
éloge de l’anarchisme (Lux, 2013) et Homo Domesticus. Une histoire profonde des
premiers États (La Découverte, 2019). Traduit de l’anglais par Nicolas Guilhot,
Frédéric Joly et Olivier Ruchet